Troubles de la marche : ne surtout pas se résigner !

12 mars 2009

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"Le temps ne fait rien à l'affaire" : les célèbres paroles de Georges Brassens auraient très bien pu s'appliquer aux troubles de la marche. La Dre Anne-Sophie Grancher, chef du service de gériatrie de l'hôpital Rothschild, à Paris, le confirme : "L'homme est programmé pour marcher jusqu'à la fin de sa vie. S'il n'y parvient pas, ou s'il y parvient mal, il ne faut pas mettre en cause la seule vieillesse. Cela n'explique pas tout." En dehors de toute pathologie, la cadence - c'est-à-dire le rythme - de la marche n'est pas modifiée avec l'âge. Il en va de même pour la position du corps, quasiment identique à 20 ans et à 80 ans. Comment expliquer, dans ce cas, que tant de personnes âgées se meuvent à petits pas, en traînant les pieds, ou encore en claudiquant ? "La marche est un processus complexe qui peut être entravé à différents niveaux, explique le Pr Philippe Thoumie, chef du service de rééducation neuro-orthopédique de l'hôpital Rothschild. On ne se sert pas uniquement de ses jambes : le thorax, le bassin, les hanches, les genoux, les chevilles - entre autres - participent au mouvement !" Ce spécialiste rappelle qu'une "bonne marche suppose que toutes ces parties du corps fonctionnent correctement. Il faut aussi que les mouvements soient synchronisés et que l'équilibre soit satisfaisant. En cas de difficultés, on songe spontanément aux problèmes de muscles, d'os ou d'articulations. Mais une marche imparfaite peut aussi révéler des pathologies neurologiques, comme la maladie de Parkinson". Connaître l'origine du trouble Pour déterminer précisément l'origine du trouble, un examen s'impose. "On observe la cadence de la marche, la longueur des pas", indique la Dre Grancher. Si ces facteurs sont modifiés simultanément, cela peut traduire une atteinte du système nerveux central. Lorsque la personne a des difficultés à "se lancer", une affection neurologique peut être en cause. Inversement, si le début de la marche est convenable mais que la cadence diminue au bout de quelques pas, des troubles physiques doivent être recherchés. De nombreuses pistes peuvent être ainsi explorées : si le tronc est constamment penché sur le côté, une articulation douloureuse sera suspectée. Si la marche est hésitante, menée à petits pas prudents, l'hypothèse d'une altération de l'équilibre sera évoquée… "Très schématiquement, il s'agit de savoir si la cause est mécanique - liée à des dysfonctionnements physiques - ou neurologique. Cela permet ensuite d'étudier le remède le mieux adapté", résume le Pr Thoumie. Car très souvent, ce remède existe ! "Il y a assez peu de troubles de la marche devant lesquels la médecine est démunie, insiste Philippe Thoumie. Si le problème est musculaire, par exemple, des séances de kinésithérapie peuvent être efficaces. Dans le cas d'un Parkinson débutant, un traitement médicamenteux permet d'assurer une locomotion satisfaisante pendant plusieurs années." Le plus important, selon ces médecins, est que les personnes âgées elles-mêmes ne se résignent pas à moins bien marcher. "Il n'y a aucune raison à cela, tranche la Dre Grancher. C'est d'autant plus important que la marche est le socle de l'autonomie. Les familles réfléchissent à l'opportunité d'un placement en institution lorsque la personne âgée ne peut plus se déplacer. Il faut agir avant d'en arriver là !"