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des prix qui vont du simple au triple

Médicaments en accès libre :
des prix qui vont du simple au triple

22 septembre 2010

Depuis l’été 2008, certains médicaments sont proposés en libre service dans les pharmacies. Cette mesure a permis une baisse moyenne de -1,2% du prix des produits concernés, en faisant jouer la concurrence. Effet pervers : il est devenu difficile de s’y retrouver dans la jungle des prix de ces médicaments qui peuvent varier du simple au triple en fonction des officines.

Le prix des médicaments en accès libre semble échapper à tout contrôle. Prenez l’exemple de l’étamsylate (Dicynone®), médicament utilisé notamment contre les troubles passagers de la circulation. En Auvergne, son prix peut aller de 2,25 euros à 9,40 euros selon la pharmacie où vous l’achetez, soit une variation de près de 320% ! C’est ce qui ressort de l’analyse des données que la Mutualité Française s’est procurée auprès de Celtipharm sur les prix de vente des médicaments en libre service au mois de juin 2010. Précision importante : ces chiffres détaillent les prix au niveau régional, ce qui permet de faire ressortir les nombreuses incohérences qui ne sont pas forcément visibles sur les moyennes nationales.
Depuis le 1er juillet 2008, près de 350 médicaments sont disponibles en accès libre dans les pharmacies. Ces produits, dont le prix est libre, sont vendus sans ordonnance et ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale. Il s’agit de médicaments destinés à l’automédication, utilisés pour soigner des symptômes bénins. Ils doivent être distingués des produits disposant d’une vignette, vendus avec ou sans ordonnance et dont les prix sont administrés par les pouvoirs publics.

A l’origine, la création du libre accès en pharmacie devait permettre aux patients "d’obtenir le meilleur traitement au meilleur prix", selon les vœux de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot.

Une baisse générale des prix qui cache des écarts importants

"Si on regarde la moyenne des prix des médicaments en libre service au niveau national, explique Laurent Piccinini, chef de projet au département politique du médicament de la Mutualité Française, on observe en moyenne une légère baisse de l’ordre de -1,2%." Les baisses les plus importantes concernent les médicaments contre les allergies (antihistaminiques), contre l’herpès (antiherpétiques) ou encore contre la diarrhée (antidiarrhéiques). "Mais ce chiffre cache des disparités très importantes entre les produits, tempère Laurent Piccinini. Ces différences sont probablement dues aux négociations et marges commerciales des différents acteurs de la chaîne du médicament : industriels, grossistes, groupements et officines."

Une boîte de 20 comprimés d’ibuprofène 200mg, médicament bien connu contre la douleur (Anadvil®, Nurofen®, Upfen®, Spedifen®…), est vendue par une majorité de pharmacies d’Ile-de-France entre 1,97 euro et 3,20 euros, soit une différence de 1,23 euro. Le même médicament peut être trouvé à 1,89 euro en Lorraine. Autre illustration : le lopéramide (Imossel®, ImodiumCaps®, Ercestop®, Gastrowell®), un médicament utilisé contre la diarrhée. Le prix d’une boîte de 12 comprimés de 2mg peut varier entre 3 et 4,40 euros selon les régions, soit une différence de plus de 40%.

31,50 euros de différence pour les patchs à la nicotine !

Ces écarts injustifiés ne s’arrêtent pas là. Certains produits battent tous les records lorsqu’on calcule le prix de vente à l’unité. La boîte de 20 comprimés d’acide ascorbique 1000mg (vitamine C) peut être trouvée à 1 euro dans le Languedoc-Roussillon, tandis que la boîte de 30 comprimés peut être vendue jusqu’à 6,30 euros dans la même région. Le prix de cette même boîte de 30 comprimés peut grimper jusqu’à 8,40 euros en Franche-Comté. Ramené à l’unité, le prix des comprimés passe ainsi de 0,05 euro à 0,28 euro, soit une variation de 460% !

Dernier exemple : les fumeurs souhaitant arrêter la cigarette devraient y regarder à deux fois avant d’acheter leurs patchs. Le prix d’une boîte de patchs de nicotine 14mg (Nicopatch®, Niquitin®, …) peut varier entre 18,50 euros et 50 euros selon les pharmacies, soit une différence de 31,50 euros !

"Malheureusement, la mise à disposition des médicaments en libre accès s’est faite sans qu’aucun contrôle n’ait été créé par les pouvoirs publics, regrette Jean-Martin Cohen Solal, directeur général de la Mutualité Française. Le résultat ne s’est pas fait attendre : c’est la jungle des prix ! Nous regrettons que les patients aient si peu de lisibilité sur les prix des médicaments qu’ils achètent en automédication." Lors de la mise en place de cette mesure, rappelle-t-on, le gouvernement avait d’ailleurs annoncé la création d’un observatoire des prix des médicaments en accès libre. Deux ans plus tard, cet outil de contrôle est toujours attendu.

Philippe Rémond

Demandez le moins cher à votre pharmacien
Certains médicaments en libre service ont un équivalent remboursable par la Sécurité sociale. Généralement, ces médicaments sont également accessibles sans ordonnance. Contrairement aux produits en libre accès, ils se distinguent par leur vignette : leur prix est fixé par les pouvoirs publics. Ces médicaments, qui sont obligatoirement délivrés par le pharmacien, sont souvent moins chers que leurs équivalents en libre service. Ils bénéficient notamment d’une TVA plus avantageuse (2,1% pour les produits remboursables, contre 5,5% pour les non remboursables).
Ainsi, le même médicament peut être commercialisé à différents prix, moyennant un changement de nom et d’emballage. C’est, par exemple, le cas du Gavisconell® (sodium alginate), médicament anti-acidité utilisé contre les reflux gastro-œsophagiens. Ce médicament en libre service est vendu entre 4,10 euros et 5,65 euros la boîte de 12 sachets. Son frère jumeau, le Gaviscon®, est remboursable par la Sécurité sociale mais peut aussi être délivré sans ordonnance. Son prix, fixé au niveau national, est de 3,04 euros pour 24 sachets. Il est donc vendu moins cher alors qu’il contient deux fois plus de sachets !

Priorité santé mutualiste vous informe sur le prix des médicaments

Priorité santé mutualiste, le service d’information et d’aide à l’accompagnement créé par la Mutualité Française pour les adhérents de ses mutuelles, a ouvert un nouveau service sur le médicament. Il permet notamment de connaître les fourchettes de prix pratiqués dans chaque région par les pharmaciens. Une indication précieuse pour trouver le meilleur prix.
Ce dispositif, accessible sur simple appel au 39 35 (prix d’un appel local) peut également vous informer sur le bon usage des médicaments, l’automédication, les remboursements, les génériques, la dénomination commune internationale, les risques liés aux contrefaçons et à l’achat sur Internet.

Repérez la DCI de vos médicaments

Pour vous y retrouver parmi les différentes marques, prenez l’habitude de repérer la dénomination commune internationale (DCI) sur les emballages. Car, contrairement au nom de marque, la DCI est le nom de la substance active - la molécule - contenue dans le médicament. A titre d’exemple, l’ibuprofène, utilisé notamment contre la douleur, est commercialisé sous une vingtaine de marques différentes.

Méthodologie et présentation du panel Celtipharm

Les données de cet article sont issues du panel de Celtipharm, constitué de 3.004 officines représentatives de l’ensemble des pharmacies françaises. Ce panel sépare le prix des médicaments en quatre parties. Exemple : 25% des pharmacies d’Ile-de-France vendent l’ibuprofène à moins de 1,97 euro et 25% le vendent à plus de 3,20 euros. Les 50% restant, soit une pharmacie sur deux en Ile-de-France, vendent donc l’ibuprofène entre 1,97 euro et 3,20 euros.