La cigarette électronique : amie ou ennemie de votre santé ?

7 janvier 2014

Ils ne fument pas, ils "vapotent". Environ un million de Français seraient désormais convertis à la cigarette électronique. Longtemps considérée comme une aide efficace et anodine pour arrêter de fumer, elle est sujette à polémiques.
Mais que contient une cigarette électronique ? Aide-t-elle vraiment à arrêter de fumer ? Amie ou ennemie de votre santé ?

De quoi se compose une cigarette électronique ?

Sous le slogan « fumer dans les lieux publics devient possible grâce à la cigarette électronique », apparaît en 2004 la cigarette électronique inventée par la compagnie chinoise Ruyan.
La cigarette électronique ressemble à un stylo à bille et produit une vapeur inodore ou parfumée. Elle contient une cartouche dont la solution s’échauffe au contact d’une résistance, dégageant une vapeur que le "vapoteur" inhale, et une diode, située à son extrémité, simule la combustion.
Dans ces cartouches, pas de tabac ni de goudron. Le liquide est généralement composé de propylène glycol (un solvant au pouvoir irritant) et/ou de glycérine végétale, d’arômes alimentaires, d’un peu d’eau et d’alcool. La nicotine est optionnelle et proposée à différents dosages.

Quelle réglementation en France ?

La cigarette électronique n’est soumise à aucune réglementation particulière en France. Elle n’est considérée ni comme produit du tabac ni comme médicament, elle est donc soumise au contrôle de la Direction Générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et non à l’Agence Nationale de sécurité du médicament (ANSM).
Au regard de l’article 278 du Code Général des Impôts, la commercialisation de la cigarette électronique est soumise à la taxe normale sur la valeur ajoutée qui est de 19,6% versus une taxation de plus de 80% pour les produits du tabac.
La cigarette électronique est interdite de vente dans les pharmacies, cependant elles sont toujours un tiers à la proposer.

Seules les autorités sanitaires turques ont pris acte de l’absence de test scientifique approprié et ont suspendu la vente de la cigarette électronique. Elle est déjà interdite au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Certains pays instaurent une taxation contraignante comme pour les produits du tabac.
Les cigarettes électroniques ressemblent à des cigarettes et pourraient donc nuire à la dénormalisation de la consommation du tabac, soutenue par la Convention-cadre de l’OMS.

L’Union européenne prépare une réglementation relative à la cigarette électronique dans le cadre de la révision de directive européenne sur les produits du tabac. Les produits contenant de la nicotine (plus de 2 mg par unité ou plus de 4 mg par ml) ne peuvent être mis sur le marché que s’ils ont été autorisés comme médicament.
Les produits contenants des niveaux inférieurs de nicotine sont soumis à la mise en place d’avertissements sanitaires qui recouvrent 30% de la surface du conditionnement. La directive européenne devrait être adoptée en 2014 pour une application en 2016.

Aide-t-elle à arrêter de fumer ?

Pour prétendre au statut de médicament et donc de substitut nicotinique, la cigarette devrait répondre à des critères d’aide au sevrage tabagique. Or, ce n’est pas le cas. A ce jour, aucun fabricant n’a demandé d’autorisation de mise sur le marché, la cigarette est un produit de consommation courante.

Dans l’enquête de San Diego, menée auprès de 6000 personnes dans quatre pays :
- 70% des personnes interrogées sont persuadées que l’e-cigarette est moins dangereuse que la cigarette,
- 80% de ceux qui l’utilisent le font du fait de sa toxicité inférieure à celle du tabac
- 75% affirment même que cette cigarette d’un genre nouveau leur a permis de réduire leur consommation de tabac.
- 85% ont pour objectif d’utiliser ce nouveau substitut nicotinique pour arrêter de fumer.
Cependant, aucune étude randomisée n’a encore été publiée. Les études sont contradictoires, certaines ne montrent pas d’arrêt du tabagisme grâce à l’utilisation de la cigarette électronique, d’autres voient un résultat concluant notamment chez les fumeurs longue durée et une moindre nocivité par rapport aux cigarettes normales.
Cependant, de nombreuses réserves ont été émises quant aux composants des cigarettes électroniques et leur toxicité potentielle.
Des réserves sont portée également sur l’efficacité à long terme de la cigarette électronique en tant que substitut au tabagisme au regard de l’importance de la quantité de nicotine délivrée par certaines d’entre elles.
Il est important de noter que le tabagisme engendre une forte dépendance comportementale. La cigarette électronique entretient le geste et donc conforte la dépendance comportementale en la maintenant. Dans ces conditions le sevrage tabagique ne bénéficie pas des conditions optimales de réussite.

Quelles conséquences sur la santé ?

Le manque de recul et des recherches souvent contradictoires font qu’il est difficile d’évaluer les risques sur la santé.
Aucune étude sérieuse (hormis celles financées par les fabricants) n’a tranché sur les substances potentiellement nocives contenues dans la cigarette électronique.
De nombreuses études émettent des réserves sur le potentiel toxique des liquides contenus dans la cigarette.
L’ASSFAPS recommande de ne pas consommer de cigarette électronique car ce produit ne dispose pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) et ne bénéficie donc pas du contrôle des composants qui le constituent ni en tant que médicament ni en tant que produit de consommation courante devant répondre aux règles de sécurité conformément aux dispositions du code de la consommation.

Se revendiquant aide au sevrage ou moyen de réduction des risques, la cigarette électronique a fait l’objet d’études visant à déterminer son efficacité et les conséquences sur la santé. L’OMS souligne que la cigarette électronique n’a pas d’effets thérapeutiques démontrés en tant que substitut nicotinique. De plus, lors de son utilisation le fumeur aspire les composants chimiques contenus dans la cigarette électronique dont le propylène-glycol (représentant 80 à 90% de la composition de la cartouche de recharge) qui, présentant peu de risques dans des conditions d’utilisation normales, est considéré par l’INRS comme toxique lors d’une consommation à chaud, en aérosol et en utilisation prolongée.
De plus, la cigarette électronique contient des substances cancérigènes avérées listées dans le groupe 1 du CIRC telles que l’arsenic, l’antimoine, et le nickel.
Enfin, il convient de noter que ce produit contient de la nicotine, classée substance très dangereuse par l’OMS pouvant conduire à une forte dépendance lors de sa consommation.

Les autorités sanitaires recommandent la plus grande prudence aux utilisateurs de cigarettes électroniques. L’OMS ne dispose pas de preuves scientifiques permettant de confirmer l’innocuité et l’efficacité du produit.

La cigarette électronique nuit à la dénormalisation du tabagisme

La cigarette électronique maintient le geste de fumer dans les lieux où cela est interdit.
Elle conserve la dépendance comportementale pour le fumeur et promeut l’usage du geste de fumer dans les lieux publics en opposition de l’interdiction de fumer. Elle nuit à la dénormalisation qui a pour objectif d’effacer la présence du tabagisme de la vie quotidienne.
Une récente étude (*) montre que les jeunes collégiens utilisent la cigarette électronique pour s’initier au tabagisme avant de tester la « vraie » cigarette. Elle est moins chère et fait croire aux jeunes qu’ils peuvent fumer sans danger. Malheureusement la cigarette électronique précède souvent l’entrée en tabagie des jeunes.

La position de la Ligue contre le cancer vis-à-vis de la cigarette électronique

A ce jour, compte tenu de l’absence de recul, les preuves scientifiques sont insuffisantes pour considérer la cigarette électronique comme un dispositif d’aide à l’arrêt validé. Elles sont également insuffisantes pour conclure à son innocuité.
Produit de consommation courante, la cigarette électronique échappe à la réglementation sur les médicaments et à celle sur les produits du tabac. La grande diversité de modèles rechargeables ou non, ainsi que celle de ses composants essentiels, rend variable et difficile le recensement des substances toxiques pouvant résulter de leur usage.
De nombreux articles et rapports soulignent cependant l’intérêt de la cigarette électronique en tant que réducteur des risques et des dommages du tabagisme. Le rapport et avis d’experts sur la cigarette électronique coordonné par le Pr Dautzenberg estime que la cigarette électronique est moins dangereuse que la cigarette conventionnelle et qu’elle peut contribuer à la réduction des risques pour les fumeurs qui n’arrivent pas à arrêter de fumer.
Comme il n’y a pas de combustion, la cigarette électronique ne produit pas de monoxyde de carbone, de goudrons, d’hydrocarbures ni de nitrosamines, substances responsables des maladies cardiovasculaires et des cancers. Le rapport recommande la vigilance pour toute utilisation supérieure à 6 mois au regard de l’absence de preuves scientifiques sur son innocuité.
Les vapeurs émises par la cigarette électronique contiennent des substances cancérogènes ou potentiellement cancérogènes en quantités très inférieures à celles des cigarettes conventionnelles. Les produits présents dans le tabac et responsables de sa cancérogénicité sont présents à des concentrations non significatives dans la vapeur des cigarettes électroniques.
La Ligue contre le cancer rappelle que la grande majorité des cigarettes électroniques contient de la nicotine, substance hautement addictive et que la dénomination, la forme du produit et la gestuelle sont aussi des facteurs contribuant à entretenir l’usage de la cigarette.

La Ligue contre le cancer soutient un arrêt total de la consommation de tabac. Dans l’attente d’études scientifiques complémentaires se prononçant sur l’efficacité et l’innocuité de la cigarette électronique en tant qu’aide au sevrage tabagique, elle recommande de :
- déconseiller fortement l’usage de la cigarette électronique aux mineurs, aux femmes enceintes et aux non-fumeurs car elle contient des substances addictives et toxiques,
- réserver l’usage de la cigarette électronique aux fumeurs souhaitant arrêter de fumer et ayant échoué avec les moyens conventionnels d’aide à l’arrêt,
- avertir les personnes sur la méconnaissance des bénéfices et des risques liés à son utilisation au-delà de six mois.

La Ligue contre le cancer milite pour :
- une interdiction totale de l’usage de la cigarette électronique dans tous les lieux soumis à l’interdiction de fumer. En effet, son emploi pourrait y inciter à fumer et nuire à la prévention du tabagisme notamment auprès des jeunes,
- une interdiction totale de la publicité et de la promotion en faveur de la cigarette électronique afin de limiter l’initiation au tabagisme par ce dispositif,
- l’application d’une réglementation stricte obligeant à afficher la composition exacte du dispositif (contenant et contenu),
- une réglementation sur le lieu de vente de la cigarette électronique (contenant et contenu).

Enfin, la Ligue contre le cancer dénonce l’utilisation par les vendeurs de cigarettes électroniques de son affiche « Autopsie d’un meurtrier » ou de tout autre de ses documents pour la promotion et la vente de ce produit.

Source : www.ligue-cancer.net.
(*) OFT-Etude auprès des 12-15 ans montrant que 25% des collégiens ont utilisé la cigarette électronique même ceux qui n’ont jamais fumé.