Changer l’image des aides auditives

2 avril 2009

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Pour de nombreux Français, porter une aide auditive ne va pas de soi… C’est à partir de ce constat que la 12e journée nationale de l’audition (JNA), qui s’est tenue le 12 mars, a choisi pour thème « L’image des appareils auditifs en France ». La JNA vise à sensibiliser et informer le grand public sur la perte auditive et les moyens de pallier ce handicap. Comme chaque année, des groupements mutualistes relaient cet événement dans de nombreux départements. En France, environ 6 millions de personnes souffrent de difficultés d’audition, notamment de presbyacousie, c’est-à-dire de perte auditive liée à l’âge. Or, « moins de 15 % de malentendants sont appareillés alors qu’ils sont en moyenne 18 % en Europe », précise Michel Lemoine, audioprothésiste mutualiste à Angoulême et Cognac (Charente). Comment expliquer qu’il soit parfois si difficile de franchir le pas pour s’équiper ? L’un des freins est l’image du vieillissement ou la honte de montrer son handicap. A cela s’ajoutent les questions d’esthétique ou de confort. Selon une enquête Ipsos-Malakoff Médéric sur « L’image des appareils auditifs en France », menée dans le cadre de la 12e JNA, 18 % des Français jugent que « ce n’est pas esthétique » et 10 % estiment que « cela fait vieux ». Pourtant, de nombreuses avancées technologiques ont permis d’améliorer les aides auditives .« Malgré ces progrès, l’appareillage est encore un sujet tabou », constate Eric Le Villayer, responsable des filières optique et audio à la Mutualité française Saône-et-Loire. « Etre motivé pour s’appareiller » Pour s’équiper, le médecin ORL est le premier intervenant. Il diagnostique la perte d’audition et prescrit l’appareillage. Lors d’un premier rendez-vous, l’audioprothésiste reçoit le patient pour évaluer ses besoins d’équipement en fonction du niveau d’audition. C’est à lui qu’il revient également d’ouvrir le dialogue avec la personne malentendante. « Celle-ci doit avant tout être motivée pour s’appareiller. Il s’agit d’une véritable démarche personnelle », souligne Véronique Guillot, audioprothésiste mutualiste à Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire). « Les patients dramatisent beaucoup le port des aides auditives, nous leur apportons donc du réconfort », observe Michel Lemoine. Prévenir l’isolement et le repli sur soi Par la suite, l’audioprothésiste guide le choix du type d’appareillage : contour d’oreilles ou intra-auriculaires. Si besoin, il prend une empreinte du conduit auditif, règle les appareils et évalue leur efficacité. Plusieurs visites sont nécessaires pour apprendre au patient à utiliser ses aides auditives et à s’adapter à une nouvelle écoute. « Mieux vaut s’équiper le plus tôt possible pour rester en lien avec la vie sociale », conseille Véronique Guillot. « On accepte plus facilement un appareillage auditif à 50 ans qu’à 80 ans », ajoute Nicole Tézier, responsable promotion de la santé à l’union régionale Languedoc-Roussillon et chargée de communication à la Mutualité française Hérault. S’appareiller le plus tôt possible, c’est l’un des messages d’information de cette union départementale pour inciter les malentendants à utiliser une aide auditive. Dans cet esprit, le groupement organisera une conférence le 18 mars, à Aspirant, près de Clermont-l’Hérault, sur la surdité et l’isolement de la personne âgée. Objectif : sensibiliser les résidents d’une maison de retraite sur la nécessité de s’équiper et prévenir ainsi le repli sur soi. Christophe de La Mure De 800 à 1 800 euros par oreille 45 % des Français considèrent que les aides auditives sont coûteuses et mal remboursées. Tel est le principal constat d’une enquête Ipsos-Malakoff Médéric sur « L’image des appareils auditifs en France », menée dans le cadre de la 12e journée nationale de l’audition (JNA) Cette étude a été réalisée par téléphone en janvier auprès de 955 personnes âgées de plus de 18 ans. Les personnes interrogées évaluent à 750 euros « le prix optimal » pour une aide auditive. En réalité, ces appareils coûtent entre 800 euros et 1 800 euros par oreille. Pour les plus de 20 ans, le remboursement de la Sécurité sociale s’élève à 129,81 euros par oreille. Un forfait annuel de 36,59 euros rembourse les piles et l’entretien. Les mutuelles prennent en charge une partie plus ou moins importante du coût de l’appareillage en fonction des garanties de l’adhérent : en moyenne, cette couverture peut aller jusqu’à 500 ou 600 euros par aide auditive. Comment choisir un appareil auditif Les aides auditives, ou appareils auditifs, permettent une amélioration de la compréhension de la parole et une bonne perception de l’environnement sonore. Leur efficacité varie en fonction du type de surdité, de la personne appareillée et des conditions acoustiques de l’environnement. Dotées d’un système numérique, elles sont aujourd’hui plus fiables, facilement adaptables et plus confortables que dans le passé. Leur port peut améliorer le confort d’écoute dans le cas d’une déficience auditive légère, pour laquelle la perte de l’audition est comprise entre 20 et 40 décibels (dBA). L’appareillage auditif est obligatoire pour les déficiences sévères (perte auditive de 70 dBA à 90 dBA). Plusieurs types de produit existent sur le marché. L’intra-auriculaire, petit et fabriqué sur mesure, est enfoncé dans le conduit auditif et invisible de l’extérieur. Il ne convient pas aux personnes atteintes de déficiences sévères. Autre aide auditive : le contour d’oreille. Dissimulé derrière l’oreille, il est relié à un embout sur mesure qui se glisse dans le conduit auditif. Cet appareil est efficace dans les ambiances bruyantes. Enfin, le contour « oreille ouverte » est relié à un tube acoustique souple et très fin placé dans le conduit auditif. Cette solution est recommandée pour les surdités légères ou modérées. Sources : Association journée nationale de l’audition et « Guide pratique Audition mutualiste ». Dépistages, prévention : initiatives de groupements La journée nationale de l’audition est l’occasion pour les groupements de diffuser de l’information, organiser des dépistages et repérer les besoins en équipements auditifs. Repères 66 % des Français ont déjà effectué un test auditif. Les jeunes (81 % des personnes âgées de 25 à 34 ans et 77 % des 35-44 ans) et les actifs (74%) sont les plus nombreux à avoir effectué cette démarche.