Cancers professionnels

23 mars 2009

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La mobilisation devra être à la hauteur du risque. En matière de cancers professionnels, les chiffres font frémir. Dans les secteurs de la réparation automobile, de la métallurgie, de l’industrie du bois et de la construction, au moins 35 % des salariés sont exposés à des produits cancérigènes. Les ouvriers sont particulièrement concernés, puisque cette catégorie constitue à elle seule 70 % des personnes confrontées à ce risque. Dernier chiffre : 3 % à 6 % des cancers seraient d’origine professionnelle. C’est pourquoi Santé & Travail appelle, dans son numéro daté de janvier 2009, à une « mobilisation générale » en faveur d’une « prévention offensive » contre ces pathologies contractées du fait du travail(1). Pour Santé & Travail, « des pistes essentielles restent à explorer ». Ce magazine trimestriel, édité par une union de groupe mutualiste, appelle ses lecteurs à signer son appel mis en ligne sur le site www.sante-et-travail.fr. Bien sûr, des moyens de prévention sont déjà en place. La législation française en faveur de la maîtrise du risque a évolué sous l’impulsion de directives européennes et à la suite de la catastrophe de l’amiante. Malgré ces avancées, l’Inspection du travail a néanmoins montré que « parmi les établissements qui continuent à utiliser des agents cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR), 40 % seulement ont procédé à une évaluation des risques ». Très alarmant : elle a aussi découvert que 76 % des chantiers de désamiantage qu’elle a contrôlés étaient en infraction. Garder la trace des expositions Dans un rapport récent sur « la traçabilité des expositions professionnelles », l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) propose un ensemble de mesures. L’une d’elles consiste à utiliser un document qui permettrait de garder une trace des expositions à des produits cancérigènes. Il donnerait la possibilité de « mesurer l’évolution des expositions dans l’entreprise et de prendre les mesures correctives de prévention ». En outre, la liste des travailleurs exposés devrait aussi contribuer à la mise en place d’un suivi individuel tout au long de la vie. L’Igas propose que les entreprises soient contraintes de fournir chaque année cette déclaration aux caisses régionales d’assurance maladie (Cram). Autre solution préconisée dans ce numéro : supprimer les produits incriminés et les remplacer. Cette voie est plus difficile à mettre en œuvre qu’il n’y paraît, car elle implique de lancer des recherches, de réaliser des tests, tout en veillant à ne pas alourdir les coûts de fabrication. Cette démarche « peut être complexe pour les petites structures » qui ont « généralement besoin d’une aide pour la reformulation d’un produit », cite Santé & Travail. Pour le moment, les équipements de protection individuelle constituent la principale mesure de prévention mise en œuvre. Mais, à l’usage, ces derniers peuvent se révéler inappropriés. En effet, sur le terrain, masques, combinaisons, gants peuvent gêner la réalisation du travail ou être inconfortables. Ils ne sont alors pas utilisés. Pour éviter ces effets pervers, « une analyse de l’activité réelle de travail est indispensable », défend Santé & Travail. Impliquer les salariés C’est la piste proposée par Philippe Davezies. La prévention s’est jusqu’à maintenant principalement adressée aux entreprises, mais pas encore aux salariés. Pour cet enseignant-chercheur en médecine et santé au travail à l’université Claude-Bernard, à Lyon (Rhône), « il faut discuter du travail et de son organisation au niveau le plus concret, celui qui relève de l’expertise des travailleurs ». Cette question est particulièrement aiguë dans les petites entreprises « qui n’ont ni comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), ni syndicat et qui ne peuvent être réellement suivies par les services des Cram ou de l’Inspection du travail ». Philippe Davezies suggère d’étendre les CHSCT à ces petites entreprises, ou encore de soutenir les délégués du personnel. Enfin, sur le terrain, le Giscop 93, le Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle en Seine-Saint-Denis, veut « démontrer l’ampleur du problème [des cancers professionnels] et l’urgence d’une meilleure prévention ». Pour ce faire, les hôpitaux partenaires du Giscop 93 proposent aux patients atteints d’un cancer de rencontrer l’équipe de professionnels de cette structure. Un entretien a pour objectif de repérer les éventuelles expositions au cours de leur vie professionnelle. Le cas échéant, ce groupement les accompagne pour faire reconnaître l’origine professionnelle de leur pathologie. Depuis sa création, « le nombre de reconnaissances de cancers professionnels a été multiplié par deux en Seine-Saint-Denis », indique Santé & Travail. La Dre Anne-Claire Brisacier, membre du Giscop 93, émet le vœu qu’une cellule cancer soit mise en place dans chaque département, « afin que tous les malades accèdent à l’information et à leurs droits ». > Renseignements et abonnements : 03 80 48 10 40 > Site Internet : www.sante-et-travail.fr (1) Santé & Travail. N° 65, janvier 2009, 58 pages, 7,50 euros.