Activité physique

30 juin 2009

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La prévention des maladies chroniques dépend pour une large part des adaptations aux modes de vie. Il est acquis depuis longtemps que la nutrition, la lutte contre le tabagisme et l’excès d’alcool, l’amélioration des conditions de travail, la réduction de la pollution, entre autres, sont des cibles essentielles de la prévention des maladies cardiorespiratoires, articulaires, des cancers et des maladies métaboliques comme le diabète et l’obésité. Il faut aussi dire que l’urbanisation, l’évolution des modes de transports et du travail, l’accroissement de la longévité ont radicalement modifié nos modes de vie et ont conduit à une sédentarité croissante, source d’insulinorésistance(1), de troubles inflammatoires et de perturbations métaboliques diverses. UN RISQUE DE SURPOIDS DIMINUÉ DE MOITIÉ Dans ce contexte, la prise de conscience du rôle de l’activité physique comme élément clé du bien-être et de la santé est relativement récente, alors même que cela paraît une évidence. Il a fallu attendre la preuve scientifique par des études épidémiologiques indiquant des liens très forts entre sédentarité et état de santé. D’où l’intérêt actuel pour la prévention basée sur l’activité physique, comme le souligne le rapport récent du Pr Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes). Ce n’est pas tout : la littérature scientifique montre que l’on peut établir un lien entre l’activité physique au jeune âge et le développement ou le maintien de son capital santé. Ainsi, et c’est essentiel, le capital osseux dépend des apports en calcium et vitamines dans l’enfance et l’adolescence, mais également de l’activité physique. Autre enjeu : la prévention des maladies métaboliques. Nous disposons d’une étude de référence en France, intitulée « Intervention auprès des collégiens ciblant l’activité physique et la sédentarité » (Icaps), conduite par le Pr Chantal Simon, dans des collèges du Bas-Rhin. Basée sur une méthodologie scientifique rigoureuse, elle montre que la mise en place d’un programme d’activités physiques dites « de loisirs » (pendant les heures de pause et les permanences) entraîne une réduction de la fréquence de l’excès de poids, et cela en l’absence de mesure pour modifier l’alimentation. Le risque de surpoids était diminué de moitié chez les collégiens incités à « bouger » ! « NE LES ASSOMMONS PAS AVEC DES DISCOURS MÉDICAUX ! » Dans ces conditions, le programme « Bouge… une priorité pour ta santé ! » est novateur. Tout d’abord par la cible visée : les collégiens de 6e et 5e dans leur environnement éducatif. C’est un programme collectif mais adapté à chacun. Il s’agit de permettre à chaque jeune de miser sur son potentiel personnel sans soucis de « normalité », et ce dans une perspective positive. Il ne s’agit pas de trouver des futurs médaillés olympiques, mais de faire découvrir des potentialités personnelles. Ensuite, l’envergure du programme au niveau national est inédite. Et puis, il y a un certain « esprit » : une dimension importante de cette opération est celle de la non-médicalisation du discours et des actions. Les jeunes n’ont pas de représentation de la prévention de la maladie et c’est bien normal à cet âge. Préservons leur insouciance ! Ne les assommons pas avec des discours médicaux ! Ne leur parlons pas de maladie mais de leur bien-être ! Ce qui compte c’est de faciliter l’adaptation aux modes de vie, les habitudes favorables à la santé. Sans discours moralisateur, sans culpabiliser, sans focaliser sur la maladie. L’objectif est également de miser sur le plaisir de l’activité physique et sa pratique régulière pour que celle-ci persiste à l’âge adulte. Il faut bien admettre que cet objectif reste loin d’être atteint ! La prévention ne se décrète pas, elle ne peut se résumer à des slogans « bien-pensants ». C’est dans la vie quotidienne, au travers d’actions en apparence modestes, mais en réalité puissantes par leur ténacité et leur insertion dans la vie réelle, que la prévention peut être efficace. L’engagement dans le programme « Bouge… » des professionnels du sport et de l’activité physique, des Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) dans la prévention est vraiment remarquable. Cette mobilisation est en soi un premier succès. (1) L’insulinorésistance est le fait de résister à l’action de l’insuline. Elle se traduit par une moins bonne utilisation du sucre par l’organisme, ce qui provoque une augmentation de la glycémie. Les facteurs de risque de l’insulinorésistance sont l’obésité, le surpoids et le manque d’activité physique. PR ARNAUD BASDEVANT CHEF DU SERVICE DE NUTRITION AU CENTRE HOSPITALIER UNIVERSITAIRE (CHU) DE LA PITIÉ-SALPÊTRIÈRE (PARIS), MEMBRE DU COMITÉ SCIENTIFIQUE DU PROGRAMME « BOUGE… UNE PRIORITÉ POUR TA SANTÉ ! ».